Le recyclage culturel
octobre 5th, 2010 § Laisser un commentaire
Dans les derniers mois, pris par d’autres projets, on a un peu négligé notre blog CULT DEV’T et nous nous excusons de cela. Nous voudrions recommencer à cultiver cette «espace public» en vous proposant un petit passage sur un sujet tant intéressant que difficile à saisir dans sa complexité.
Il y a quelques mois désormais, il m’était arrivé de lire, un peu par hasard, un bouquin de Jean Baudrillard que je savais d’être d’importance capitale : La société de consommation.
De cet ouvrage presque tout est à retenir, mais pour ce qui concerne les intentions de cet espace de discussion, nous nous limiterons à parler de ce qui est traité dans un sous-chapitre de la troisième partie du bouquin. Dans ce sous-chapitre, significativement appelé Le recyclage culturel, l’auteur décrit le destin de la Culture dans notre société de consommation.
Jean Baudrillard nous parle notamment d’un problème lié à la consommation de la culture. Celui-ci n’est pas lié aux contenus artistiques ou culturels des œuvres ni au « public culturel » non plus. C’est un problème qui est inexorablement ancré à la dimension universelle dans laquelle la Culture est produite : le système de production[1].
Le système de production de la société de consommation, d’après Baudrillard, est nécessairement en conflit avec la Culture, entendue comme :
1) Patrimoine héréditaire d’œuvres, de pensées, de traditions
2) Dimension continue d’une réflexion théorique et critique
Cette double et interdépendante définition de culture est niée du système de production, lequel veut que rien ne soit produit pour durer.
Une des dimensions caractéristique de la société de consommation est, en effet, le recyclage. Tout est régis par le principe d’actualité, c’est à dire que tout doit changer fonctionnellement, comme la mode.
La vulgarisation de l’art et de la culture touche donc indifféremment la culture de masse comme la culture « aristocratique » et cela est du au fait que toutes les significations sont devenue cycliques.
La cyclicité des significations est imposée par le système de communication – qui permet la production. Cela réduit la culture à un pseudo-événement dans l’information et la soumet au mode de succession, d’alternance et de combinaison qui est propre au cycle de la mode.
Mais Baudrillard ne s’arrête pas là, il nous rappelle aussi que, à partir de ce constat, on peut dire que les significations des ouvrages culturelles sont produites directement par les media. «Medium is message » de McLuhan. C’est le medium qui crée le sens de l’œuvre, en lui attribuant un code de référence.
À partir de là il n’y a plus aucune différence entre « créations d’avant garde » et « culture de masse », entre créativité et émulation etc. Tout se perd dans l’inexorable succession des cycles et recycles de la mode. Et tout se nivelle dans la neutralité des flux d’informations.
Baudrillard décrivait, en 1970, an de parution de ce travail, une tendance plutôt qu’une réalité. Aujourd’hui, 40 ans plus tard, cette tendance est devenue de plus en plus matérielle et provoque dans les « publics » une grave confusion face à la réception de la culture.
Ce passage sur la condition postmoderne de la Culture, nous mène encore une fois à nous interroger sur le rôle des différents acteurs culturels, comme institutionnels, dans l’émancipation des populations.
Nos anciens questionnements retournent donc encore à l’aune : Qu’est-ce que c’est qu’une Politique culturelle ? Quel doit être son rôle ? L’école, peut-elle encore faire quelque chose ? Et si oui, quoi ?
Ou encore : Quel type d’économie et de circuit de « distribution » sont plus envisageables pour l’art et la culture ? Peut l’économie solidaire être une solution ?
Et enfin, peut le retour à la territorialité de l’action culturelle être considéré comme une solution ?
[1]À ce propos il y a un autre ouvrage génial de Jean Baudrillard : Le miroir de la production, du 1973. On ne va pas en parler ici, mais c’est une excellente critique au marxisme.. la meilleure peut-être.
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Bibliographie :
- J., Baudrillard, La société de consommation, Paris, 1970.