Activités Culturelles et Economie Solidaire : quel enjeu ?

mars 21st, 2010 § Laisser un commentaire

De plus en plus on entend parler de l’introduction de l’économie solidaire dans le milieu culturel, afin de le tirer de l’impasse financière et créatif où a été relégué par le désengagement de l’état.

Le sujet est sans doute très intéressant, car nombreuses sont les conséquences positives que cette « cohabitation » solidarité-culture pourrait entrainer. Les plusieurs expressions de l’économie solidaire, en fait, ont en commun une vision de la société qui débouche dans la mise en place de ce qu’on pourrait appeler, avec Bernard Eme, un « Espace public de Proximité » ; c’est-à-dire un espace de contact humaine. Pour le milieu culturel, notamment, les bénéfices à tirer de cette proximité sont nombreux et vont de l’enrichissement à l’augmentation de la vitesse des échanges informationnels, de la baisse des charges fixes  à l’augmentation des possibilités de financements etc.

Toutefois nous voudrions profiter de cette intervention non pas pour creuser les implications pratiques de ces « Espaces de Proximité » dans le milieu de l’art et de la culture, mais pour entamer une petite réflexion sur le « métissage ».  L’idée serait de partir de la crise « existentielle » du monde artistique contemporain et essayer de voir en quelle mesure l’adoption de l’économie solidaire dans les activités culturelles pourrait contribuer à atténuer cette crise. En effet, ce que nous voyons de très positif en cette « cohabitation », dépasse (peut être) les bénéfices pratiques prospectés, pour s’imposer comme un point d’intérêt existentiel pour le milieu des activités culturelles, parce qu’il ouvre (finalement) les portes à une importante réflexion sur les arts et la culture et la place qu’ils occupent dans la société contemporaine.

Au cours des dernières décennies le milieu artistique à ressenti beaucoup des changements sociaux qui ont suivi les progrès technologiques. Notamment, comme l’affirme Nicolas-le-Strat, le monde artistique souffre la marchandisation du geste créative plus encore que le désintéressement que les institutions lui réservent lors de l’allocation des fonds budgétaires.

Selon l’analyse de Nicolas-le-Strat, la prétendue connotation créative de notre société (plus ou moins paradoxale) contribue à l’aliénation de la sacralité qui entourait le métier d’artiste et à la perte de crédibilité de ce statut.

Sans trop vouloir descendre dans les détailles, nous voudrions ici souligner notre credo dans le « métissage » comme opportunité (unique) de redécouverte de soi. Dans notre cas, en effet, les activités culturelles sont porteuses de toute une série de valeurs sociales et “politiques” – fondamentales dans le cadre du vivre ensemble – qui ont été perdues derrière les débats et les réflexions sur les Esthétiques : nous croyons que l’économie solidaire pourrait redonner à ces valeurs la visibilité et l’espace qu’elles méritent.

Les arts, et le monde culturel en général, participent au développement de la personnalité de chacun et au respect de celle des autres et favorisent l’évolution et le maintien de la vitalité des sociétés démocratiques[1].

Si l’on peut dire que la démocratie repose foncièrement sur les principes du respect et de la prise en considération des différences des autres, alors on peut identifier les arts comme incontournables souteneurs de la Démocratie. Car les expériences que l’homme fait dans l’art peuvent être reconduites à la différence et à la pluralité.

  • Différence, parce que l’art communique par des codes qui sont d’autres par rapport aux codes utilisés dans la vie ordinaire et parce qu’ils proposent des points de vue inédites sur la même réalité.
  • Pluralité, parce que l’expérience qu’on fait dans l’art casse l’univocité de notre point de vue afin d’en proposer d’autres, parce qu’un possible admet toujours un autre possible[2].

En outre la jouissance d’un œuvre d’art (en sens large), ou d’un spectacle d’art « vivant », est toujours le fruit d’une relation à trois dans laquelle s’alternent l’expérience individuelle à l’expérience collective. En d’autres termes l’expérience artistique (-culturelle) se fonde sur la relation, exactement comme la démocratie, au dehors de ses formes historiques, pose ses bases sur la construction collective d’un vivre-ensemble.

Les petits points qu’on vient d’esquisser révèlent une certaine similarité avec les objectifs revendiqués par l’économie solidaire. La relation, la construction participative d’un vivre-ensemble, les expériences de la diversité et de la pluralité sont tous éléments qu’on retrouve et qu’on peut expérimenter dans les « espaces publics de proximité » mis en places par les pratiques d’économie solidaire.

Enfin – et c’est là que nous posons nos espoirs – la force avec laquelle l’économie solidaire réclame ses prérogatives sociales pourrait affecter tant le processus d’auto reconnaissance que les revendications « statutaires » et finalement budgétaires que le secteur mène face à la société et aux administrations.


[1] Manifeste de l’UFISC Pour une autre économie de l’art et de la culture.

[2] Ibidem

__________

Bibliographie :

  • Dictionnaire de l’autre économie, sous la direction de Laville, J.L. ; Cattani, A.D., Folio actuel, Paris, 2006.
  • Nicolas-le Strat, P., Une sociologie du travail artistique. Artistes et créativité diffuse, L’Harmattan, Paris,1998.
  • Pour une autre économie de l’Art et de la Culture, sous la direction de Colin, B. ; Gautier, A., Éditions érès, Ramonville Saint-Agne, 2008.

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