Le recyclage culturel

octobre 5th, 2010 § Laisser un commentaire

Dans les derniers mois, pris par d’autres projets, on a un peu négligé notre blog CULT DEV’T et nous nous excusons de cela. Nous voudrions recommencer à cultiver cette «espace public» en vous proposant un petit passage sur un sujet tant intéressant que difficile à saisir dans sa complexité.

Il y a quelques mois désormais, il m’était arrivé de lire, un peu par hasard, un bouquin de Jean Baudrillard que je savais d’être d’importance capitale : La société de consommation.

De cet ouvrage presque tout est à retenir, mais pour ce qui concerne les intentions de cet espace de discussion, nous nous limiterons à parler de ce qui est traité dans un sous-chapitre de la troisième partie du bouquin. Dans ce sous-chapitre, significativement appelé Le recyclage culturel, l’auteur décrit le destin de la Culture dans notre société de consommation.

Jean Baudrillard nous parle notamment d’un problème lié à la consommation de la culture. Celui-ci n’est pas lié aux contenus artistiques ou culturels des œuvres ni au « public culturel » non plus. C’est un problème qui est inexorablement ancré à la dimension universelle dans laquelle la Culture est produite : le système de production[1].

Le système de production de la société de consommation, d’après Baudrillard, est nécessairement en conflit avec la Culture, entendue comme :

1) Patrimoine héréditaire d’œuvres, de pensées, de traditions

2) Dimension continue d’une réflexion théorique et critique

Cette double et interdépendante définition de culture est niée du système de production, lequel veut que rien ne soit produit pour durer.

Une des dimensions caractéristique de la société de consommation est, en effet, le recyclage. Tout est régis par le principe d’actualité, c’est à dire que tout doit changer fonctionnellement, comme la mode.

La vulgarisation de l’art et de la culture touche donc indifféremment la culture de masse comme la culture « aristocratique » et cela est du au fait que toutes les significations sont devenue cycliques.

La cyclicité des significations est imposée par le système de communication – qui permet la production. Cela réduit la culture à un pseudo-événement dans l’information et la soumet au mode de succession, d’alternance et de combinaison qui est propre au cycle de la mode.

Mais Baudrillard ne s’arrête pas là, il nous rappelle aussi que, à partir de ce constat, on peut dire que les significations des ouvrages culturelles sont produites directement par les media. «Medium is message » de McLuhan. C’est le medium qui crée le sens de l’œuvre, en lui attribuant un code de référence.

À partir de là il n’y a plus aucune différence entre  « créations d’avant garde » et « culture de masse », entre créativité et émulation etc. Tout se perd dans l’inexorable succession des cycles et recycles de la mode. Et tout se nivelle dans la neutralité des flux d’informations.

Baudrillard décrivait, en 1970, an de parution de ce travail, une tendance plutôt qu’une réalité. Aujourd’hui, 40 ans plus tard, cette tendance est devenue de plus en plus matérielle et provoque dans les « publics » une grave confusion face à la réception de la culture.

Ce passage sur la condition postmoderne de la Culture, nous mène encore une fois à nous interroger sur le rôle des différents acteurs culturels, comme institutionnels, dans l’émancipation des populations.

Nos anciens questionnements retournent donc encore à l’aune : Qu’est-ce que c’est qu’une Politique culturelle ? Quel doit être son rôle ? L’école, peut-elle encore faire quelque chose ? Et si oui, quoi ?

Ou encore : Quel type d’économie et de circuit de « distribution » sont plus envisageables pour l’art et la culture ? Peut l’économie solidaire être une solution ?

Et enfin, peut le retour à la territorialité de l’action culturelle être considéré comme une solution ?


[1]À ce propos il y a un autre ouvrage génial de Jean Baudrillard : Le miroir de la production, du 1973. On ne va pas en parler ici, mais c’est une excellente critique au marxisme.. la meilleure peut-être.

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Bibliographie :

  • J., Baudrillard, La société de consommation, Paris, 1970.

Activités Culturelles et Economie Solidaire : quel enjeu ?

mars 21st, 2010 § Laisser un commentaire

De plus en plus on entend parler de l’introduction de l’économie solidaire dans le milieu culturel, afin de le tirer de l’impasse financière et créatif où a été relégué par le désengagement de l’état.

Le sujet est sans doute très intéressant, car nombreuses sont les conséquences positives que cette « cohabitation » solidarité-culture pourrait entrainer. Les plusieurs expressions de l’économie solidaire, en fait, ont en commun une vision de la société qui débouche dans la mise en place de ce qu’on pourrait appeler, avec Bernard Eme, un « Espace public de Proximité » ; c’est-à-dire un espace de contact humaine. Pour le milieu culturel, notamment, les bénéfices à tirer de cette proximité sont nombreux et vont de l’enrichissement à l’augmentation de la vitesse des échanges informationnels, de la baisse des charges fixes  à l’augmentation des possibilités de financements etc.

Toutefois nous voudrions profiter de cette intervention non pas pour creuser les implications pratiques de ces « Espaces de Proximité » dans le milieu de l’art et de la culture, mais pour entamer une petite réflexion sur le « métissage ».  L’idée serait de partir de la crise « existentielle » du monde artistique contemporain et essayer de voir en quelle mesure l’adoption de l’économie solidaire dans les activités culturelles pourrait contribuer à atténuer cette crise. En effet, ce que nous voyons de très positif en cette « cohabitation », dépasse (peut être) les bénéfices pratiques prospectés, pour s’imposer comme un point d’intérêt existentiel pour le milieu des activités culturelles, parce qu’il ouvre (finalement) les portes à une importante réflexion sur les arts et la culture et la place qu’ils occupent dans la société contemporaine.

Au cours des dernières décennies le milieu artistique à ressenti beaucoup des changements sociaux qui ont suivi les progrès technologiques. Notamment, comme l’affirme Nicolas-le-Strat, le monde artistique souffre la marchandisation du geste créative plus encore que le désintéressement que les institutions lui réservent lors de l’allocation des fonds budgétaires.

Selon l’analyse de Nicolas-le-Strat, la prétendue connotation créative de notre société (plus ou moins paradoxale) contribue à l’aliénation de la sacralité qui entourait le métier d’artiste et à la perte de crédibilité de ce statut.

Sans trop vouloir descendre dans les détailles, nous voudrions ici souligner notre credo dans le « métissage » comme opportunité (unique) de redécouverte de soi. Dans notre cas, en effet, les activités culturelles sont porteuses de toute une série de valeurs sociales et “politiques” – fondamentales dans le cadre du vivre ensemble – qui ont été perdues derrière les débats et les réflexions sur les Esthétiques : nous croyons que l’économie solidaire pourrait redonner à ces valeurs la visibilité et l’espace qu’elles méritent.

Les arts, et le monde culturel en général, participent au développement de la personnalité de chacun et au respect de celle des autres et favorisent l’évolution et le maintien de la vitalité des sociétés démocratiques[1].

Si l’on peut dire que la démocratie repose foncièrement sur les principes du respect et de la prise en considération des différences des autres, alors on peut identifier les arts comme incontournables souteneurs de la Démocratie. Car les expériences que l’homme fait dans l’art peuvent être reconduites à la différence et à la pluralité.

  • Différence, parce que l’art communique par des codes qui sont d’autres par rapport aux codes utilisés dans la vie ordinaire et parce qu’ils proposent des points de vue inédites sur la même réalité.
  • Pluralité, parce que l’expérience qu’on fait dans l’art casse l’univocité de notre point de vue afin d’en proposer d’autres, parce qu’un possible admet toujours un autre possible[2].

En outre la jouissance d’un œuvre d’art (en sens large), ou d’un spectacle d’art « vivant », est toujours le fruit d’une relation à trois dans laquelle s’alternent l’expérience individuelle à l’expérience collective. En d’autres termes l’expérience artistique (-culturelle) se fonde sur la relation, exactement comme la démocratie, au dehors de ses formes historiques, pose ses bases sur la construction collective d’un vivre-ensemble.

Les petits points qu’on vient d’esquisser révèlent une certaine similarité avec les objectifs revendiqués par l’économie solidaire. La relation, la construction participative d’un vivre-ensemble, les expériences de la diversité et de la pluralité sont tous éléments qu’on retrouve et qu’on peut expérimenter dans les « espaces publics de proximité » mis en places par les pratiques d’économie solidaire.

Enfin – et c’est là que nous posons nos espoirs – la force avec laquelle l’économie solidaire réclame ses prérogatives sociales pourrait affecter tant le processus d’auto reconnaissance que les revendications « statutaires » et finalement budgétaires que le secteur mène face à la société et aux administrations.


[1] Manifeste de l’UFISC Pour une autre économie de l’art et de la culture.

[2] Ibidem

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Bibliographie :

  • Dictionnaire de l’autre économie, sous la direction de Laville, J.L. ; Cattani, A.D., Folio actuel, Paris, 2006.
  • Nicolas-le Strat, P., Une sociologie du travail artistique. Artistes et créativité diffuse, L’Harmattan, Paris,1998.
  • Pour une autre économie de l’Art et de la Culture, sous la direction de Colin, B. ; Gautier, A., Éditions érès, Ramonville Saint-Agne, 2008.

Quelle urbanité pour nos villes ?

février 21st, 2010 § Laisser un commentaire

L’idée de revenir sur la notion de ville et sur ses implications dans le milieu des activités culturelles, date désormais d’un certain temps. A la fin de novembre 2009, en fait, on a participé aux 16émes rencontres des Banlieues d’Europe à Liège (B) Créativité et innovation dans les villes européennes. Ces trois jours de conférences et ateliers thématiques étaient liés par deux fils rouges constamment entrelacés: la ville est le milieu le plus propice au développement des liens nécessaires à toute activité artistique-culturelle, et, en même temps, la ville est le destinataire congénital de ces activités.

Eric Corijn, professeur de Géographie sociale et culturelle à l’Université Libre Flamande de Bruxelles, dans son intervention Un monde en transition, introduisit ces deux sujets en illustrant la nouvelle importance acquise par la ville à la suite du mouvement d’urbanisation qui a affecté notre société pendant le dernier siècle. Aujourd’hui, nous le disait Corijn,  55% de la population mondiale (85% en France) habite une ville, contre 10% au début du XXème siècle. A la suite de ce mouvement de concentration, l’homme contemporain se retrouve un être urbain et sa culture  une culture inévitablement urbaine. Cet essor, étant en relation directe avec le développement des flux (hommes, informations, etc.), est en train de structurer l’urbanité à l’intérieur d’un réseau global dont les villes deviennent les hubs. Grâce à cette nouvelle position de carrefour par rapport aux flux, la ville devient une sorte de pôle de « métissage » où les informations et les gens stationnent pour quelques instants en donnant lieu à des combinaisons toujours originales.

Les interventions et les ateliers qui se succédèrent pendant ces journées contribuèrent à structurer mes réflexions autour de l’adjectif « Urbain »; une question surtout m’obsédait  c’est-à-dire la place de l’homme  dans ce nouvel espace.

Dans un des premiers articles de ce blog (Périphérie) on affirma que la Ville existe là où il y a un espace de relation entre les gens. Plus qu’à une dimension spatiale cette définition nous renvoie à une condition mentale. La ville est ainsi libérée de sa matérialité physique car elle existe foncièrement grâce à l’interaction humaine. Toutefois, pour pouvoir essayer de répondre à notre question, nous sommes obligés de reconsidérer la Ville à partir de sa dimension physique. Ce qui nous amène à compléter notre ancienne thèse avec une dimension territoriale : s’il est vrai que la ville prend forme dans l’interaction humaine, son organisation spatiale affecte cette même interaction. C’est la célèbre boucle à “circularité rétroactive” : l’inter-action donne forme à la Ville autant que cette dernière cloisonne et affecte l’interaction.

Dans son ouvrage, La condition urbaine, Olivier Mongin nous dit que la richesse historique de la Ville dérivait du fait que sa dimension finie, en obligeant la multiplicité des interactions et des contacts dans une zone déterminée, provoquait des « courts-circuits » continuels qui donnaient lieu à l’impondérable (pour nous la Créativité). Ces « courts-circuits » étant le résultat d’une tension générée par  l’inscription des inter-actions dans un espace défini et par l’exigence de trouver un rythme à l’eternel conflit des oxymores de la vie sociale (dehors/dedans; public/privé; masse/solitude; hétérogénéité/homogénéité). En même temps, c’était justement sur le rythme de la mise en tension des oxymores que la ville se modelait et acquérait son caractère.

Aujourd’hui, selon Mongin notre société est en train de perdre sa dénotation proprement urbaine pour entrer dans un âge proprement « Post-Urbain ».

A la suite de la Troisième mondialisation, celle liée aux développements des télécommunications et de l’informatique, la ville a totalement muté. Elle a laissé place à une dynamique métropolitaine qui oppose à l’importance des lieux de mise en relation, l’importance des flux. Si la ville avait comme mission spatiale d’accorder des termes opposés, avec la prévalence des flux, le frôlement et le frottement se font plus rares, tandis que la conflictualité est progressivement contenue.

Dans cette logique de mobilité et de prévalence des flux la dimension publique peut être ignorée. C’est alors que la conflictualité qui gère le rapport Public/Privé – et qui permet ce qu’on appelle l’Expérience Urbaine – se dissout en favorisant une logique de privatisation et de cloisonnement aux dépens de la conflictualité et de la mixité.

Les lieux s’organisent alors par rapport à la proximité des flux et non plus seulement par rapport au centre ville. A l’intérieur de cette nouvelle maquette, les échanges entre les banlieues se multiplient au détriment des échanges avec le centre. De plus en plus les lieux tendent à s’homogénéiser – le centre ville devient apanage des classes « aristocratiques » (Gentrification) et éloigne les classes moyennes qui s’installent le long des trajectoires des flux (Périurbanisation) ; les classes populaires, en revanche, sont reléguées loin du centre et des flux – et à perdre leur tension créative causée par l’instable équilibre des diversités qui se côtoient.

Par ailleurs, avec la prédominance du privé sur le public, même le temps d’exposition à l’environnement se transforme en un temps de passage à travers l’environnement, ce qui implique toute une reconsidération du concept d’Expérience Urbaine. En effet on expérimente la ville alors qu’on se plonge dans sa dimension publique, où les tensions entre les oxymores sont les plus manifestes. C’est dans ce milieu dense, tendu et controversé, que la base de toute inventivité, la création de liens, a le plus de possibilité de se mettre en œuvre.

Si on retient cette analyse – l’actuelle organisation urbaine est plus un écueil qu’un soutien à l’imagination – elle pose forcément le problème du comment renverser cette tendance.

De son point de vue architectural-urbanistique, Mongin propose une revalorisation de la dimension locale qu’il nomme – pour nous rappeler finalement que l’émancipation passe par une prise de conscience de soi et de sa condition, c’est-à-dire par une réappropriation – « lutte des lieux ». En effet, sans une remise en cause de l’imaginaire collectif et une reconsidération du pouvoir symbolique de l’espace public on ne peut pas espérer que les habitants retrouvent le plaisir de jouir de l’espace public.

Loin de vouloir offrir des recettes résolutives, nous sommes fermement convaincus qu’il n’y a rien de plus approprié que des Activités Culturelles pour changer symboliquement les habits de l’espace public. En effet, sans aller plus loin, mais surtout sans vouloir mettre en cause la moindre implication sociologique des arts (pas ici de toute façon) il nous semble évident que seulement une politique culturelle cohérente et d’envergure serait en mesure d’atteindre ce but.

Un point de départ possible pour une politique pareille, qui franchement nous fascine beaucoup et sur laquelle nous conclurons cette intervention, est le fait d’altérer l’univers symbolique qu’entoure la pratique dominante d’utilisation de l’espace urbain. L’idée c’est de revenir à une sorte de jouissance de la vie « publique » en revisitant la pratique dominante, c’est-à-dire celle du déplacement.

A ce propos par exemple, il y a toute une série de pratiques sportives (faisant partie de la grande famille de « Cultures Urbaines ») qui peuvent aider à débuter ce processus de reconsidération de la mobilité en faveur du public. Regardés avec suspicion dans une culture qui privilégie une mobilité formatée, le skateboarding, le rollerblading, la pratique du parkour, etc., en déplaçant l’individu d’un point A jusqu’un point B, côtoient cet usage de l’espace mais le minent de l’intérieur puisque ils en bouleversent la signification. Dans ces activités, le but n’est pas de rentrer le plus tôt possible dans l’univers privé, mais, au contraire, c’est le déplacement  même. Ces pratiques ont donc l’atout de considérer la ville comme un terrain de jeu et d’habituer leurs pratiquants à observer la ville en altérant les connotations symboliques dominantes. Ces activités, généralement considérées comme gênantes, peuvent au contraire devenir les leviers d’un mouvement de requalification de la dimension publique de la ville puisqu’elles imposent au pratiquant un regard de la conurbation et de son ameublement complètement différent et permettent au passant de se confronter avec des points de vue divers.

C’est le début d’une dynamique d’admission des possibles qui est justement à la base de tout processus d’évolution.

  • O., Mongin, La condition urbaine: La ville à l’heure de la mondialisation, Paris, 2005.

Pour une démocratisation de la Culture

janvier 11th, 2010 § Laisser un commentaire

Comme d’ailleurs le dit le titre de ce blog, nous sommes fortement convaincus du potentiel des manifestations culturelles dans les dynamiques du développement social et économique.

De toute façon, pour que la culture puisse vraiment avoir un rôle pareil, il est essentiel que soit garantie l’application effective d’une condition fondamentale: la Possibilité Réelle pour chaque individu d’accéder à toutes les manifestations culturelles – y compris donc l’accès aux lieux qui lui sont consacrés. C’est ce qu’on appelle la Démocratisation de l’accès à la Culture ou plus simplement la Démocratisation de la Culture.

Parler de démocratisation de la Culture signifie parler du fait que toute personne, nourrissant un désir d’enrichissement intellectuel, se trouve en possession de tous les outils qui lui assurent le pouvoir Réel de s’orienter, en toute conscience, dans l’offre Culturelle mais surtout d’en jouir. La Démocratisation de la Culture comporte donc une stimulation continue de la curiosité et de la soif  de savoir de chacun et le fournissement de tous les outils nécessaires à satisfaire au quotidien cette exigence.

A ce propos, si la tutelle du droit d’accès à la Culture est assurée par tout droit national et international[1], son application heurte violemment les données des statistiques de fréquentation des lieux de diffusion culturelle par les différentes classes sociales. Cette donnée nous a fait penser à une incohérence entre la Possibilité Pure d’accès aux lieux de diffusion culturelle (celle-là irréfutable) et la Possibilité Réelle que toute personne ait d’entrer dans un de ces lieux.

Pour la plupart de ces lieux « institutionnels », comme les Musées, les Centres d’exposition, les Théâtres, etc., il y a un véritable problème d’attraction de nouveaux publics. En effet, ce qui se passe d’habitude c’est que ceux qui ont été habitués à suivre le monde de l’art continuent à le suivre mais ceux qui n’ont pas été habitués à le suivre continuent dans leur inertie initiale, quoi qu’on fasse pour les attirer. A ce propos, on peut affirmer que toutes les actions – politiques des prix, campagnes d’exposition, nouvelles technologies, activités sur les territoires d’implantation – mises en œuvre par ces lieux afin d’attirer de nouveaux publics, ont réalisé le plus souvent une fidélisation des visiteurs qu’une augmentation numérique de ceux-ci.

Cette problématique de l’accessibilité effective des lieux de diffusion n’est évidemment pas nouvelle. La préoccupation des « institutions » Culturelles face à leur ouverture effective à l’ensemble de la population, a progressé au fur et à mesure que le monde reconnaissait l’importance du rôle de la Culture dans la société. Notamment cette préoccupation, en se liant aussi à celles de l’émancipation personnelle et de classe, donna lieu, au début des années soixante du XXème siècle, à toute une séries d’études sociologiques à l’échelle européenne, sur la fréquentation de lieux de diffusion culturelle. Parmi ces études une en particulier, établie sur la fréquentation des musées de 5 pays Européens, aboutit à une publication qui fit école: L’Amour de l’Art. Les musées européens et leur public de Pierre Bourdieu et Alain Darbel.

Si les données de la recherche portaient sur un type particulier de lieu de diffusion, le Musée, leur interprétation sociologique – en s’appuyant sur le principe que les pratiques d’une catégorie sociale ou d’un groupe d’individus, ayant le même niveau d’instruction, tendant à constituer un système (Bourdieu) – a valeur pour tous les lieux traditionnels de diffusion.

L’analyse que Bourdieu faisait à partir de l’exploitation des données, effectué par Darbel, partait d’un constat que nous avons fait nôtre: Il est incontestable que notre société offre à tous la possibilité Pure de profiter des œuvres exposées dans les musées, il reste que seuls quelques-uns ont la possibilité Réelle de réaliser cette possibilité. Pourquoi ? se demandent-ils.

Les données de cette recherche démontraient que chaque « classe » sociale est représentée parmi les visiteurs des musées selon une proportion inverse à la possibilité qu’elle ait d’obtenir un diplôme supérieur. Pour Bourdieu cette donnée dévoilait irréfutablement l’importance du rôle de l’Ecole

parce qu’il y voyait un déconcertement des classes dépourvus du « chiffre » culturel face à la compréhension de ce qu’ils voyaient.

Pour lui tout bien culturel peut faire l’objet d’un apprentissage qui va de la simple sensation actuelle jusqu’à la délectation savante. La familiarité avec les codes utilisés par les artistes est ce qui fait bousculer la jouissance du bien culturel de la simple reconnaissance à la délectation savante. En effet nous percevons la réalité qui nous entoure selon notre culture et le degré de familiarité que nous avons avec elle. En d’autres termes l’Esthétique ne peut être, sauf exception, qu’une dimension de l’Ethique (ou mieux de l’ ἔθος: l’habitude, la coutume) et l’Ethique nous arrive principalement de notre éducation (tant formelle qu’informelle).

C’est pour cela que toute initiative de la part des lieux de diffusion peut attirer un public nouveau d’une manière seulement occasionnelle. C’est seulement à travers l’élévation générale du niveau d’instruction, donc à travers un plus grand investissement de l’Etat dans l’instruction formelle que la possibilité Pure d’accès aux lieux de diffusion peut se transformer en une possibilité Réelle.

Pour Bourdieu il y a seulement deux institutions qui peuvent nous donner les instruments que suppose la Familiarité: la Famille et l’Ecole. Mais si l’éducation écolière est la même pour tous, l’éducation familiale diffère selon les classes sociales, l’instruction et la sensibilité spécifique des ses membres. A ce propos Bourdieu est très explicite : Plus l’Ecole abandonne la tâche de transmission culturelle à la Famille et plus l’action scolaire tend à consacrer et à légitimer les inégalités préalables.

Cet ouvrage, après quarante ans, n’a pas perdu de sa vérité. Bien que les chiffres dévoilent une société complètement différente de la nôtre, la tendance (ou le fil rouge, pour employer une expression plus proche du monde culturel) qui les conduit reste valide. En plus cette étude nous souligne un point crucial : la garantie du droit à l’accès à la Culture implique un engagement continu de la part de la communauté. Cette action doit partir évidemment de l’Ecole et être accompagnée au plus près possible de la Famille. Si l’action de l’Ecole, pour qu’elle ait de la crédibilité, doit être relevée par la Famille, l’action de la Famille doit idéalement marcher en parallèle avec celle de l’Ecole. Edgar Morin dans La tête bien faite, dit justement qu’une tête bien faite, au contraire d’une tête bien remplie, est celle qui a été habituée à lier les informations entre elles, à gérer différents codes, à changer de points de vue etc. Si on y pense bien, en effet, c’est exactement le rôle de l’art et des manifestations culturelles dans le parcours éducatif d’une personne. C’est un exercice d’admission des possibles et de création de liens, exactement comme l’envisage Morin.

Si la pratique de la fréquentation des lieux culturels et le fournissement du « chiffre » culturel sont deux éléments indispensables, un autre point incontournable pour une Réelle application du droit à l’accès à la Culture est que l’individu continue de nourrir l’envie d’un propre enrichissement Intellectuel. Le renouvellement d’une pratique culturelle, on l’a dit, est quelque chose qu’on vit au quotidien tant au niveau personnel qu’ au niveau social. Ou mieux, c’est quelque chose qu’on vit au niveau personnel parce qu’ inscrit dans une Ethique sociale et collective.

C’est dans ce cadre que nous pensons que toutes les organisations qui œuvrent dans le milieu de l’éducation populaire ont, à ce propos, une place particulière.

Ces organisations ont, à notre avis, deux tâches fondamentales à accomplir: annuler la distance entre institution et citoyens, pouvoir et non pouvoir, savoir et ignorance, etc. et former un réseau actif qui entoure l’individu afin de justifier et nourrir constamment la soif de savoir.

Un des problèmes principaux dans la jouissance des biens culturels, comme il ressort de l’ouvrage de Bourdieu et Darbel, est le sentiment qu’a une grande tranche de la population, celui de se sentir déplacée dans les lieux traditionnels de la Culture, parce que perçus comme lointains. C’est le problème classique de la Distance entre Savoir et Ignorance, ou mieux encore entre Maître et Elève. Cette distance devient un barrage insurmontable pas seulement à l’apprentissage mais à l’envie même d’enrichissement intellectuel. C’est ce que Rancière appelle la Distance Abrutissante. Cette distance est insurmontable parce qu’elle est donnée du simple jeu des positions occupées par qui émets le savoir et qui le reçoit. Dans cette logique, chaque essai de l’institution à réduire la distance entre savoir et ignorance, comporte un inévitable renouvellement de cette distance. La solution à ce paradoxe se trouve dans le fait que La distance n’est pas un mal à abolir mais, c’est la condition normale de toute communication. Ce qu’il faut abolir donc – et que seules les organisations impliquées dans l’éducation populaire peuvent attraper saisir – est la distance, abrutissante, entre les positions de qui délivre le savoir et de qui doit s’en emparer.

La possibilité la plus accessible, que nous voyons, pour résoudre ce paradoxe est l’implication sur base bénévole de la population dans la préparation des manifestations culturelles. Le seul fait de participer peut comporter, à notre avis, une prise de possession de l’événement donc une plus grande possibilité de familiarisation avec les biens culturels. Le but est la substitution de la Distance fixée entre les positions du Savoir et de l’Ignorance avec la Distance factuelle qu’on retrouve dans le trajet entre ce qu’un individu sait déjà et ce qu’il doit encore apprendre.

Le second point est plus immédiat et dérive directement du fait que nos habitudes dépendent fortement du milieu où nous vivons. C’est-à-dire que si nous habitons un milieu qui vise à solliciter la soif du savoir et du plaisir Esthétique de la citoyenneté, alors nous aurons beaucoup plus de possibilités de nourrir un besoin pareil. D’ailleurs c’est le même principe qui conduit le marketing publicitaire.

C’est de ce point de vue que sont envisageables toutes les manifestations qui entendent impliquer les citoyens et amener l’art et la culture dans les lieux du quotidien ou, en tout cas, en dehors des lieux dits « institutionnels ». Parce que, s’il est vrai, comme le dit Bourdieu, qu’elles oublient que la pratique culturelle est une entreprise délibérée et régulière, il est vrai aussi qu’elles ont en tout cas pour effet de convaincre ceux qui les entreprennent de la légitimité de leur entreprise et, nous l’ajoutons, de contribuer à former l’ ἔθος de la pratique culturelle qui est essentielle pour une véritable Démocratisation de l’accès à la Culture.

[1] Notamment la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948), article 27; le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (1976), article 15 ; la Déclaration Universelle de l’Unesco sur la Diversité Culturelle (2002), articles 5 et 6.

  • P., Bourdieu, A., Darbel, L’amour de l’art. Les musées européens et leur public, Paris, 1969.
  • E., Morin, La tête bien faite, Paris, 1999.
  • J., Rancière, Le spectateur émancipé, Paris, 2008.

Réseau et Interdépendance

décembre 16th, 2009 § Laisser un commentaire

Dans le cadre de notre débat sur l’emploi des activités culturelles en faveur d’un développement social et économique, le concept Réseau a le rôle pivot.

Si le sujet n’est pas nouveau, l’enjeu est vraiment énorme et mérite un peu de notre attention.

Il nous semble, en effet, que la pratique de l’interdépendance – inévitable dans l’application du travail en réseau – heurte encore violemment les convictions épistémologiques de l’« Homme Démocratique », relativement aux relations interpersonnelles, et rend difficile le succès de toute forme de travail en réseau.

On a fait allusion à l’Homme Démocratique parce que Jacques Rancière définit en ces termes l’homme contemporain, en soulignant, de cette façon, que l’actuelle forme de démocratie n’est rien d’autre qu’un Régime de l’égalité où chaque individu est égoïste, ou mieux, où chaque individu s’impatiente face à tout ce qui remet en cause sa souveraineté. Si l’on garde la définition que J.Rancière donne de l’homme contemporain (ou démocratique), nous n’aurons pas trop de mal à entrevoir la nature de l’écueil qui s’oppose à l’application de l’idée d’Interdépendance et donc du Réseau.

D’ailleurs, que l’homme soit plus prédisposé à la satisfaction de son système limbique qu’au compromis de la coopération – probablement en dehors de toutes coordonnées historiques, culturelles – a été très bien démontré, vers la moitié du siècle dernier, par la « Theory of games» de Von Neumann et Morgenstern.

Le paradoxe est que la relation nous est congénitale (Bateson) et cela bien que nous avons la tendance (biologique? culturelle?) à privilégier une dimension égoïste à celle plus complexe de l’interdépendance collaborative. Tout est en relation.

Ce serait vraiment difficile de concevoir quelque chose qui soit hors d’un réseau, c’est-à-dire qui ne soit pas en constant dialogue avec son environnement et ses semblables. La pensée même, comme nous l’explique génialement Gregory Bateson, n’est rien d’autre que le fruit de l’interaction entre les différences d’un système. Les différences!

Dans « The ecology of mind », l’œuvre la plus importante de Bateson, le concept de la diversité recouvre, à notre avis, un rôle très important. En gros Bateson nous dit que la différence est tout ce que nous pouvons percevoir car, plongés dans un milieu absolument uniforme, nos organes cesseront très vite d’être stimulés et nous ne percevrons plus rien.

Retournant à notre sujet, il est remarquable que, lorsqu’on plaide le travail en réseau, on souligne toujours des facteurs comme la circulation de l’information, l’échange de compétences et d’expériences, le partage, etc., mais on ne souligne jamais l’amont, c’est-à-dire le rôle occupé par la « différence ». Tout le reste vient après!

Le réseau est quelque chose de non uniforme par définition, c’est le regroupement de plusieurs acteurs qui œuvrent dans des conditions différentes, avec des buts différents et plongés dans milieux différents (au moins en partie). Idéalement, en effet, nous pourrions décrire un réseau comme un espace de dialogue entre les différences.

Sans différences, il n’y aurait pas de possibilités de confrontation donc de possibilité de mettre en discussion nos convictions. Cela est un point vraiment remarquable, en fait l’homme, par nature, est doué pour confirmer ses intuitions et ses idées plutôt qu’à les mettre en doute (P.C. Wason : voir la « Tâche à 4 cartes de Wason ») et cela est un écueil évidemment grave à toute forme d’évolution de la pensée et d’innovation. L’Interdépendance se propose donc comme un exercice pratique de la mise en doute par la cohabitation des différences. Le milieu scientifique applique couramment ce principe – les recherches, par exemple, sont de plus en plus confiées à des groupes multidisciplinaires de chercheurs – le problème est que la société civile a encore du mal à l’accepter. Les collaborations de plus en plus nombreuses entre les organisations culturelles (au sens large), en fait, ne doivent pas nous leurrer: là il s’agit  de collaborations éphémères et non pas de quelque chose de durable. Ce qui manque est l’Inattendu.

Une collaboration concerne un nombre d’acteurs limité (2 ou 3?) mais surtout est temporellement trop brève; le réseau, au contraire, en sacrifiant (une partie de) l’Autonomie et exerçant une cohabitation de différences sur la durée, ouvre sur l’inattendu et se projette vers l’innovation!

C’est pour tout cela qu’il faudrait, à notre avis, revoir l’idée d’Interdépendance pour souligner finalement que le meurtre de l’Autonomie n’implique pas nécessairement la mort de l’Ego mais, au contraire, pourrait se proposer comme la possibilité de sa renaissance!

  • G., Bateson, Steps to an Ecology of Mind, 1972.
  • J., Rancière, La haine de la démocratie, 2005.
  • Von Neumann, Morgensten, Theory of Games and Economic Behavior, 1944.

Solving cultural problems or solving problems culturally?

décembre 5th, 2009 § Laisser un commentaire

Thoughts in this post is all my own and is not necessarily shared by my blog partner, Alessandro.

A week after the conference, “Creativity and Innovation in European Towns/ Cultural Alternatives, New Social Solidarity,” organized by Banlieues d’Europe in Liege, Belgium, I now find a bit of time to reflect on one of the points I gathered from the event.

I came to the conference from the perspective of a development professional, hoping to learn from the European experience innovative uses of culture for social development. Not being an artist (though I must say it is a frustration…), I am not thinking along the lines of “arts for arts sake” but more of culture as a means to other social goals. I had to make this distinction now because it seems that there is a sense of disdain among some artists for the social responsibility that “their art” has seem to take on.

One of the presenters, a director of a theater group, shared through images some of their intervention in neighborhoods in their towns, and they were pretty amazing and sagacious. And I must say I am very impressed. However, he kept reiterating that they were not “social workers.” Another artist I met in the conference also expressed his dissatisfaction of the social role they artists have to play in the society, saying that they had to be the “doctors or medicine of society’s maladies.

As I see it, there needs to be no conflict between the two. Culture, specifically art, can, and already plays an important role in social development. This we saw in the experiences of the organizations that gave their presentations. At the same time, art can be created without any end goal of social impact attached to it but focusing mainly on the act of creation on the side of the artist. The issue is that while there is a lot of support for cultural development for social and economic development, there is a lack in support for activities of purely creation and dissemination of art. Some artists feel that they have to carry out social projects in order to support their purely creative activities. And this has become the source of conflict for many artists. Coming from this standpoint, I can understand their angst.

But then again, speaking from the development perspective, I think it is good to appreciate this power that artists and cultural workers have in making a better society because more than anything, this is what we need now. I would think that the people behind Banlieues d’Europe have recognized this power and have accepted the responsibility or they wouldn’t have started the organization. Basing from the name of the organization, Banlieues d’Europe, one can already gather that there is a social focus to the organization — to bring culture to where it is inaccessible or to animate the culture that is within the place and usually to further other social needs such as inclusion and social cohesion. Even the focus on cultural development is in itself a social action as access to culture is a human right and so in the end, there is still an act of contribution to social development.

Another issue is that artistic or cultural social intervention sometimes becomes a platform for the personal need of creation or expression of the artists. And this becomes another source of contention. However, simply enough, one speaker clarified this point saying that in any project, the important thing is to be clear about the objectives.

And so, is our goal to solve cultural problems or to solve problems culturally? I think both. The main point is that each is given a venue — a venue to create for their own satisfaction and a venue to create for society’s evolution.

Rigidité! (?)

octobre 27th, 2009 § Laisser un commentaire

Depuis quelques semaines, je me trouve à Paris, célèbre capitale du XIXème siècle, pour suivre mon stage auprès d’un Réseau culturel à caractère fédératif (lequel m’a expressément demandé de ne pas être nommé au sein de cet article).

Dans le cadre de ce stage il m’a été demandé de résumer, à l’usage du Conseil d’Administration Régional, un travail universitaire centré sur les propositions de normalisation des dysfonctionnements de la Fédération Nationale [..](Réseau maire de la section Ile-de-France où, actuellement, j’effectue ledit stage). Dans ce travail, en effet, est dressée la liste de plusieurs dysfonctionnements de cette fédération sur lesquels ma section régionale souhaitait se confronter à l’occasion du Conseil d’Administration. Parmi ces problématiques inculpées on retrouve une lenteur dans les chantiers de travail et dans les prises de décisions et une absence de méthode de travail. L’auteur de l’étude reconduit ces «empêchements» au manque de professionnalisation des dirigeants, à son avis implicite dans la condition de bénévole de ces derniers dans les structures centrales de la Fédération.

Dans son travail, l’auteur considère le fait que des artistes engagés et militants conduisent une fédération, née pour défendre leur secteur artistique, plus comme un problème que comme une force.

En fait, à mon avis, elle a observé ce réseau culturel avec les lunettes d’un comptable. C’est-à-dire qu’elle a jaugé le monde artistico-culturel avec les paramètres du monde économique. Ce que je viens de dire est soutenu par l’explication de ce qu’elle considère comme des conséquences incontournables liées au bénévolat: manque de temps et respect des rôles insuffisant dans les sièges députés. Temps et Hiérarchie donc, deux des paramètres principaux utilisés à l’intérieur des entreprises.

En suivant ce socle, donc, elle envisage, pour une future amélioration de la Fédération, une plus grande structuration de ses organes de direction, notamment à travers l’adoption d’un règlement intérieur.

C’est effectivement pour raisonner sur cette volonté de structuration de la tête d’un réseau culturel, que j’ai choisi d’écrire ces lignes.

Dans la proposition résolutive suscitée il y a, en fait, à mon avis, une tentative implicite de valoriser l’acte de décision face au processus décisionnel. C’est-à-dire que la décision est pensée comme quelque chose d’autre par rapport au processus décisionnel. (Comme si le résultat n’était pas une partie du parcours).

Le fait est que, à mon avis, une horizontalité non réglementée des assemblées, pouvant apparaître un facteur de ralentissement de l’acte décisionnel, est en réalité la garantie absolue d’un processus véritablement démocratique car elle accepte tous les différents points de vue. La démocratie, en effet, n’est rien d’autre, à mon avis, que le bouillon de culture d’une infinité de points de vue également légitimes et valables au sein des organes décisionnaires.

La hiérarchisation, les règlements intérieurs, les procédures bureaucratiques, etc., sont des facteurs normalement ennemis du droit à la libre confrontation car ils enferment la discussion dans des cellules biens bordées qui tendent à exclure les points de vue minoritaires; en fait, en essayant d’accélérer le parcours au nom de l’efficacité, on doit forcément réduire les temps de confrontation en limitant le nombre de points de vue « valables », on doit donc forcément réduire l’espace démocratique.

Il y a aussi un autre aspect qui concerne les règlements et qui suscite en moi de la perplexité : en visant à la répartition du champ opérationnel en rôles bien déterminés à confier à chacun, ils favorisent la répétition des mêmes gestes évidemment au détriment de la libre inventivité des individus: les possibilités créatives et imaginatives sont liées à l’autonomie et à la liberté individuelles dans un groupe, bien qu’en présence de processus coopératifs. Cette répétition, en poussant le raisonnement à l’extrême, a aussi d’autres implications, c’est-à-dire qu’elle peut dépersonnaliser le travail au point de déclencher le processus de réification. La réification est la dépersonnalisation extrême, est une maladie mortelle du groupe (Bion) et elle affecte surtout les grosses organisations très structurées et hiérarchisées. Évidemment cette forme de dégénération ne favorise guère l’inventivité. Mais là je suis en train de trop m’éloigner.

Un autre aspect, pour moi, étonnant dans cette proposition consiste dans le fait qu’aujourd’hui, tout semble devoir être pacifié et normalisé. Les solutions aux problèmes que nous rencontrons sont de plus en plus banales comme celles proposées en politique. (La vérité doit être unique comme la pensée). Le désaccord et l’opposition sont perçus comme quelque chose d’anormal qui doit être pacifié (voilà la chance des psychiatres et de la police!). Pourtant le conflit (ici entendu comme confrontation libre et non réglementée) est une dimension nécessaire à tous les organismes (biologiques et sociaux). Sans lui on n’aurait pas de vie, pas de matière, ce serait le néant. Dans la vie d’un groupe, l’absence du conflit comporte la tendance à la confirmation plutôt qu’à la falsification des idées, c’est-à-dire à l’absence d’esprit critique.

La levée du conflit crée en fait l’illusion de la collaboration sans la confrontation et cela vide évidemment le concept de démocratie de l’intérieur. En plus cette soustraction contribue à relâcher les liens entre les membres du groupe et contribue à engendrer le conformisme, cause primaire de l’absence d’innovation (donc dans notre cas d’une perte de signification du processus décisionnel). (Morelli)

En effet on pourrait aussi dire que c’est la « confusion » causée par la confrontation (la liberté des relations) qui, bien tolérée, engendre le milieu le plus favorable à l’innovation (Pagliarani) –  ici représentée par le processus décisionnaire démocratique – et donc  à la vie même de l’Organisation.

La dernière réflexion que m’a suscitée cette étude concerne la coupable superposition des rôles pendant les phases de travail ou celles décisionnelles et concerne la possibilité que cette superposition soit en réalité génératrice d’un sens de responsabilité plus répandu entre les composants des organes de direction de la Fédération.

En effet, si la sectorisation du savoir est à la base de la ruine de la conception écologique et si cette même compartimentation des taches est la principale responsable de la plus totale déresponsabilisation de l’individu par rapport à son milieu (Morin), alors je crois être correct si je dis que l’absolue souplesse des rôles, leur superposition naturelle, le débordement continu et la volonté généralisée de suivre chaque phase décisionnelle, puissent être à l’origine d’un mécanisme inverse.

Je pense que plus la participation est active et ressentie, plus les mailles du réseau seront serrées et plus, hypothétiquement, la participation sera responsable et solidaire.

Tout ce que je viens d’écrire, évidemment, ne signifie pas que je suis contre les règlements, mais c’est vrai que ces derniers fonctionnent bien tant que tout le monde se souvient des motivations qui les ont générées. Après cela ceux qui doivent les respecter peuvent les percevoir comme aliénants jusqu’à devenir une possible source de réification, une maladie du système de groupe.

  • U. Morelli, Verso il sesto assunto di base, Horror vacui, horror pleni (di alcuni conflitti psicoculturali) nella vita dei, gruppi., 200?

Culture FOR What Culture OF Development?

octobre 21st, 2009 § Laisser un commentaire

For the past nine years, my passion has been promoting culture FOR development, specifically, economic development.  However, now, this formula is starting to lose its magic for me. While I still believe that it is the case, I am not sure I would like to singly follow the same trajectory that I have been taking.

While the idea is promoting a development that is more culturally based, socially considerate of specificities of localities, it still follows a development framework that is capitalistic and still pursues the western idea of material development. (To give credit to where credit is due, Alessandro first pointed this out to me) Culture has just become a resource from which products are mined and are made to fit the needs and preferences of the global market. How is it then different from the other products that have been marketed before? The only thing is, we have just expanded our market for maximum profit.

This idea was confirmed upon reading Hawkes (2001), who writes about Culture as the fourth pillar of sustainable development. He says: “ “the main focus of cultural development, as a government instrument, has been economic and ‘industrial’. The main thrust has been on expanding the consumption of arts products and of arts production within an industrial model. This has had the effect of transforming culture-making into a market driven commodity consumption activity thereby marginalizing (indeed making invisible) its true function.”  (Hawkes, 2001) However, one could think that this is a very strategic move to get support for culture, as more than anything else, government policies and priorities are more economically based and driven. Hence, in order to ensure, validate and justify its place in national policies and more importantly, in national budget, the cultural sector had to demonstrate that it is an active economic contributor instead of a liability to the society.

As I develop my own ideas in this field, I try to go beyond this very simplistic view of Culture and Development. I see culture now not as a resource for development, but the basis of development. It is the blueprint by which we base the structure of our economy. In the same paper, Culture: Fourth Pillar of Sustainability, Hawkes also puts forwards this idea that development goals are based on the values, the culture of the people. And the strategies to reach these development goals are also based on these values embodied on the goals.

The prevailing development concept is based on a culture that has been shaped by centuries of capitalism, focused on economic development, based on a culture of consumption and production. The need for economic prosperity has gone beyond survival needs but is now based on a need to amass wealth to limitless heights. Nurse (2006), another author of a paper on culture as a fourth pillar of sustainability mentions Haque (1999) who echoes this view of the current culture of consumption:“…the dominant mode of development thinking that emphasizes a growth-oriented industrialization…related to this profit-driven production and growth, there is also the diffusion of consumerist values and life-styles”. (Nurse, 2006)

If we look around, though, there are now various development frameworks that has sprung forth from a different set of values, a different culture. The concept of “Decroissance,” I believe, reflects this. It is not about going against development but instead, about having a different concept, direction of Development. The philosophy of Sufficiency Economy, authored by the King of Thailand, His Royal Highness, King Bhumibol Adulyadej, is based on a philosophy that stresses the “middle path” or culture of moderation combined with the values of patience, perseverance, diligence, wisdom and prudence. We can also mention Solidarity Economy where human welfare is of high value instead of the maximum profit.

And so, going deeper on the theme of Culture and Development, we must examine our culture first, that which dictates the kind of development we are aiming for. This hopefully, will lead us to real development.

Culture shapes what we mean by development and determines how people act in the world.” (Nurse, 2006)

Réenchanter la Ville

août 25th, 2009 § Laisser un commentaire

En lisant un des livres d’Hurstel, Réenchanter la Ville, j’ai eu l’impression qu’il me donnait la possibilité de valider les opinions que j’ai exprimé jusqu’à présent sur ce blog et d’ouvrir une nouvelle porte à mon enquête.

Après avoir esquissé une dizaine de projets culturels, se déroulant dans plusieurs villes européennes, Hurstel racontes sa vision du rôle des manifestations culturelles, fruit de ses études sur les villes ouvrières de l’Est de la France et de ses compétences – il est le président de Banlieues d’Europe et le conseiller du programme Urbact de l’Union Européenne. Les conclusions de ce livre se fondent sur deux lignes principales que je vais vous présenter et commenter.

1. Une nouvelle Démocratie à atteindre à travers la Culture

2. Le rôle des manifestations artistiques festives

On peut résumer le premier point en ces termes :

Les dérèglements économiques déchirent le tissu social, les inégalités d’accès aux ressources et les logiques de vente du Marché poussent le repli et la régression de l’individu sur la sphère privée, solitaire et égoïste. Ces forces destructrices ont coupé une part considérable des liens sociaux, tout en considérant que l’ancien associationnisme, notamment socialiste-ouvrier ou religieux, a chuté avec les idéalismes et l’économie industrielle. Il est évident que ce déchirement des liens sociaux comporte une crise de la communauté et avec elle de la Démocratie (si jamais cela a existé), entendue comme une participation collective à la vie de la Res Publica.

Selon Hurstel, l’Art et la Culture sont des forces collectives qui entrainent des dynamiques sociales très intéressantes au niveau Urbain: pourvu qu’elles ne soient pas apanage des groupes de « Connaisseurs éclairés ». Les arts et la Culture et notamment les projets que Hurstel décrit dans son livre ont la faculté de Faire Lien, Renouer le réseau social. C’est la société civile qui, à travers les arts, provoque cette rencontre. En effet on pourra dire, pour reprendre l’Editorial de Roulleau de Inter-Actes du 2007, que les actions artistiques gagnent une dimension culturelle (outre que social et politique) grâce à l’implication des populations et au fait qu’elles soient en prise directe avec leur environnement. Le but c’est le réenchantement de la ville. C’est bâtir une autre ville axée sur les rails de la connaissance, du partage et de la participation. Il est évident qu’aucun projet tout seul ne puisse prétendre cela : c’est la connexion entre les projets et les acteurs du territoire, l’implication de la population qui détermine la possibilité de réenchanter la ville. En autres paroles ces, plus ou moins, petits projets atteignent une participation active, un échange auquel contribue une part importante de la population. Cette adhésion aux initiatives, cette contribution, à différents niveaux, constitue l’esquisse de forums démocratiques et urbains et forme des sortes d’ateliers urbains de base. Pour Hurstel ces actions culturelles ont la prétention (et la possibilité) de remettre en marche une démocratie en panne.

Le deuxième point que l’auteur touche dans son Epilogue est, à mon avis, un peu plus controversé et concerne le rôle des manifestations culturelles festives face aux manifestations culturelles « traditionnelles ».

Il dit: la manifestation culturelle traditionnelle (Théâtre, Opéra, Musée..) avec ses rituels, son apparat, ses codes, ses limites spatiales est remise en cause. Plus que la consommation distinguée d’un produit culturel dans le cadre d’un horaire contraignant ou d’un lien consacré, le public élit des manifestations festives, lieux de rencontres et de découvertes surprenants.

On pourrait dire que c’est difficile de penser que les rituels, les apparats ou les espaces bien définis soient des limitations pour ces institutions et non pas le contraire. En effet ce sont trois éléments qui ont la capacité de rassurer le visiteur, de le mettre à son aise en dissipant ses appréhensions et en lui donnant l’envie de franchir l’entrée. En fait le visiteur sait déjà, avant d’entrer, ce qui l’attend. Et il se prépare. (Les arts de la rue n’ont pas ce problème, elles trouvent le public dans la rue, elles ne doivent pas le convaincre à entrer). Le Problème, dans ce cas, pourrait être lié aux Codes utilisés par ces institutions. Le Musée, notamment, a toujours parlé avec des langages plus adaptés à l’étude plutôt qu’à la jouissance – bien que le Musée, dans les dernières années, est en train de changer de stratégie et de s’adapter aux exigences de son public, grâce au support des nouvelles technologies. Bien sûr, le travail est encore très long mais, au moins, il a été entamé.

On pourrait également lire dans ces lignes la volonté de faire rivaliser ces institutions entre eux, en soufflant qu’elles ont toutes la même tâche et les mêmes choses à dire. Et là, personne ne pourrait être d’accord. Exactement comme personne ne pourrait être d’accord sur le fait qu’il existe un produit culturel à consommer et sujet aux mêmes règles du marché que n’importe quel autre produit commercial.

Le fait est que, toujours selon moi, Hurstel est tout simplement poussé par la nécessité d’affirmer que le panorama Culturel n’est pas fermé entre les murs des institutions « traditionnelles ». Que Culture signifie créer et récréer, élargir l’horizon et ouvrir les portes des ces forces imaginaires et symboliques qui conjuguent si bien le mot diversité. Le mot clef pour le président de Banlieues d’Europe est donc le verbe Réinventer. Réinventer les univers sémantiques qui habillent tout ce que nous vivons, les lieux inclus. A ce point c’est bien évident qu’une pour accomplir un’opération similaire la Culture a besoin de sortir souvent des murs des institutions « traditionnelles » et de descendre dans les rues et dans les places.

  • Hurstel, Réenchanter la ville, 2006.
  • Inter Actesif, XIX, 2007.

Ecologie et Culture

août 11th, 2009 § Laisser un commentaire

Depuis quelques semaines je pensais écrire un petit article sur la liaison entre Ecologie et Culture (toujours entendue non pas dans le sens anthropologique du terme, mais en tant que activités artistiques-culturelles, en y ajoutant les lieux qui accueillent ces activités). Enfin le voila:
L’idée m’était arrivée après avoir lu deux auteurs, tout à fait différents: Latouche et Morin. En fait, après ces lectures, il a été évident à mes yeux le fait que la marche forcée du développement économique ait complètement oublié l’Ecologie.
Cette Marche forcée – c’est de Lapalisse, je ne veux pas discuter sur ça – a créé une fracture entre l’Homme et la Nature, avec tous les macro- et les micro-problèmes climatiques et salutaires dont on parle beaucoup maintenant.
Dans notre écosystème cette seule blessure serait déjà très inquiétante. En fait, les dernières théories Evolutionnistes nous démontrent comment un système qui a perdu son équilibre interne, soit beaucoup plus exposé aux cataclysmes. C’est-à-dire qu’un système déchiré subit les conséquences d’un événement catastrophique d’une façon beaucoup plus meurtrière que si le système était en équilibre (Cavalli-Sforza). Nous vivons donc, pour être le plus bref possible, dans un système dans lequel tous les constituants (ceux de l’espèce dominante surtout) sont en danger.
Mais ça ne suffit pas. Le fait est que, comme nous le rappelle Lucie Sauvé, Nous sommes conscients que la rupture entre les humains et la nature est étroitement liée à la rupture entre les humains, au sein des sociétés comme entre les sociétés.

Malheureusement le problème est donc plus gros, car le noyau n’est pas uniquement la liaison interrompue entre homme et nature mais entre tous les constituants du Système, notamment du système social. Nous pouvons donc dire qu’il ne suffit pas seulement de changer le programme d’action économique, mais il faut aussi changer toute la stratégie. On ne peut pas penser et appliquer des remèdes à une tendance malsaine, il est nécessaire de reconsidérer toute la logique à la base. C’est pour ça que l’expression « Développement Soutenable » ne marche pas vraiment. D’ailleurs Latouche le dit clairement, dans La Décroissance sereine, quand il affirme (je vais à mémoire) lorsqu’on commence à ajouter des adjectifs aux substantifs, cela signifie qu’il est arrivé le temps de changer le substantif même. En fait le développement soutenable ou durable voit toujours un monde dichotomique: l’homme d’un côté et la nature de l’autre – tout en considérant l’Homme et ses activités comme un tout homogène.
Mais faisons un petit pas en arrière pour essayer de mieux comprendre.
La compartimentation du savoir, observée dans les derniers deux siècles, a été la base de notre incroyable avancement technique; c’est une donnée. Car le savoir s’est fait sectoriel, les sciences se sont multipliées, le système Terre a été disséqué; on y cherchait la structure à la base et, après ça, la structure de la structure, etc. Cela a permis à l’humanité un avancement technologique sans précédents. Cependant, en même temps, cette pratique a déchiré la vision globale des individus – les savants y compris. C’est-à-dire que on a fait de la Planète, non seulement un lieu de relations mécaniques et déterministes, mais aussi on a réduit cette idée au seul milieu opérationnel de chacun.
En effet, comme nous l’explique Morin, l’affaiblissement de la perception globale amène à l’affaiblissement du sens de responsabilité, en d’autres mots chacun se sent responsable uniquement pour sa propre tache. De plus on pourrait ajouter que par conséquence, il y a une diminution du sens d’appartenance.
C’est pour ça qu’il faut absolument recoudre le réseau relationnel de chacun, pour accroitre son sens d’appartenance à la communauté donc de responsabilité vers le Système.
Il faut que le champ visuel de tous soit amplifié, les points de vue diversifiés, les capacités d’interrelation agrandies, les échanges entre différentes expériences possibles – c’est le rapport avec les différences qui nous fait grandir.
Pour faire ça il est nécessaire d’empêcher que les conventions sociales deviennent des convictions personnelles (c’est la base de l’irresponsabilité institutionnalisée) donc il faut multiplier les points de vue possibles. Une des possibilités, à ce propos, est de multiplier les codes linguistiques par lesquels passe la communication.
Baudrillard, en parlant du pouvoir des images, disait qu’elles ont la capacité de vider leurs sujets de la signification d’origine, en transformant par conséquence la Réalité en Iperéalité. Heureusement cette Iperéalité reste liée à son référent contraignant, le code linguistique – grâce auquel nous la « déchiffrons ». En multipliant les codes utilisés on pourra donc sortir de l’impasse de Baudrillard, mais aussi on pourra briser l’équation de Bourdieu sensus=consensus, c’est-à-dire qu’on déchirera le pouvoir du langage dominant de créer un seul sensus partagé par tout le monde: une seule vision du monde. En fait, une vision du monde univoque est facilement contrôlable parce que ça empêche la curiosité car la réponse est toujours là.
Approcher les différents langages permettrait d’engendrer des possibilités d’innovation dans l’attribution de sens. Ça permettrait donc d’amplifier le réseau perceptif personnel et, si ce réseau s’agrandit, alors il y aura plus de possibilité que l’individu pense à soi en tant que partie d’un système et pas en dehors de lui.
Selon ce point de vue, les arts ont la caractéristique de nous parler en utilisant des langages inusuels, car elles utilisent des codes qui sortent du courant, et qui, pour être comprises, nécessitent un effort, une petite recherche du lien. Les arts offrent les associations sémantiques immédiates que les langages oraux ou écrits (sauf la poésie) ont du mal à exprimer.
Les arts offrent donc des possibilités perceptives très efficaces pour sortir du schématisme technologique et pour engendrer le sens Ecologique de l’individu. Elles provoquent, désacralisent, cherchent les liens, mêlent les sémantiques, invertissent les points de vue, expérimentent nouvelles techniques, changent l’utilisation des outils, dénoncent, fonctionnent comme un pont entre des univers sinon extrêmement lointain. Il y avait quelqu’un qui disait que l’artiste a la tache de démontrer que sans un certain animisme rien n’a de sens.
Bref les arts sont « animistes », elles évoquent toujours le lien entre l’objet et son univers. Exactement les liens qu’il nous faut pour recoudre les fractures.
D’autre part, les manifestations culturelles ont la propriété de fonctionner comme point d’agrégation, elles peuvent contribuer au réenchantement de la ville (pour citer un des publications de Hurstel), donner la possibilité de recoudre les fractures entre la cité et la périphérie et au sein de ces dernières – c’est à dire dans la communauté.
La ville est un écosystème. On peut y trouver de dynamiques relationnelles pareilles, mais à une échelle mineure, de celles que l’on trouve à l’échelle planétaire.
La Restauration des liens sociaux, le sentiment d’appartenance, le « metissage » linguistique et culturel, etc. ceux-là sont des pas très importants vers la responsabilisation de l’individu par rapport à son environnement, parce que tout ça lui souffle les connections entre le micro et la macro, entre lui et son monde.

Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, 2007
Morin, La Tête bien faite, 1999
Cavalli-Sforza, Geni, Popoli e Lingue, 1996.
Bourdieu, Langage et Pouvoir Symbolique.
Hurstel, Réenchanter la ville, 2006.

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